Páramo
À plus de 3 500 mètres, entre les nuages et le ciel, s’étend le Páramo – cet écosystème unique des Andes équatoriennes, monde de brumes perpétuelles et de végétation résistante, suspendu entre deux mondes.
Ici, la vie s’accroche. L’ours andin (Tremarctos ornatus) est le seul ours d’Amérique du Sud, et le plus grand carnivore des Andes tropicales. On le reconnaît à ses marques claires autour des yeux – uniques à chaque individu, comme une signature portée sur le visage. Solitaire, discret, il se déplace entre les forêts de nuages et les hautes landes du páramo, se nourrissant principalement de broméliacées et de fruits sauvages. Classé Vulnérable sur la liste rouge de l’UICN, il ne serait plus qu’entre 2 500 et 10 000 individus à parcourir les Andes, du Venezuela à la Bolivie. Le croiser relève du privilège.
Mais le Páramo n’est pas qu’un territoire de l’ours. C’est aussi un monde d’oiseaux, extraordinairement vivant malgré l’altitude et le froid. Le condor des Andes plane au-dessus des crêtes, immense et souverain. La Pénélope des Andes traverse les lisières dans un bruissement de feuilles. Les colibris – étincelles de couleur – butinent les frailejones avec une énergie incroyable. Le Grand Duc d’Amérique surveille les prairies depuis un rocher. Plus bas, dans les ravines humides, le cincle à tête blanche remonte les torrents, le trogon flamboie dans la pénombre, la buse tricolore dessine des cercles lents dans la brume, et le geai vert, espiègle, traverse les bosquets d’un vol vif. Les parulines, discrètes, achèvent ce tableau vivant.
Un territoire à part, fragile et ancien, que j’ai traversé à l’affût du vivant.




















