Démarche

Lors d’une conférence, Kyriakos Kaziras – un grand spécialiste de la photographie de nature – nous interrogeait sur le pourquoi on faisait de la photo ? Et interdit de répondre “pour capture l’instant décisif” cher à Henri Cartier Bresson. Pour Vincent Munier, un autre très grand nom de la photographie de nature, ce n’est pas la photo qui le fait “vibrer” mais le chemin pour y parvenir. Et quand on voit les expéditions qu’il fait, on comprend bien ce chemin.

Alors après plusieurs années à faire des photos je me suis vraiment demandé pourquoi j’appuie sur le déclencheur …

Je voudrais partager avec vous une réflexion de Jean-Cristophe Béchet et de la philosophe Pauline Kasprzak car au fond, photographier est un acte beaucoup plus complexe que l’idée qu’on s’en fait. ” Appuyer sur un bouton, même s’il porte le nom de déclencheur, ne suffit pas. Son nom n’est d’ailleurs pas très adéquat, car l’élément déclencheur se produit bien plus en amont de la prise de vue. Appuyer sur le bouton de l’appareil photo ne déclenche pas le processus créatif, celui-ci commence bien avant, par l’idée, l’envie, la personnalité, la vision du photographe, et même l’achat du matériel photo. La création de notre photographie ne s’arrête pas non plus après ce clic-clac. Une scène qui intéresse un photographe peut amener celui-ci à réaliser de nombreuses prises de vue, 2, 10 ou 50. Il faut donc trier, sélectionner, éliminer, il faut choisir LA photo que l’on gardera, celle qui nous plait le plus. Beaucoup d’artistes disent qu’un bon photographe est celui qui ne montre pas ses mauvaises photos. Tout est dit. Le déclenchement n’est finalement pas le plus important.”

Personnellement, en tant que photographe de nature, je ressens un certain plaisir à me retrouver en pleine nature, à moins de 10m, d’un boeuf musqué de 300 kg ou encore d’un cerf, bramant de tout son souffle. C’est quelque chose de magique. Et c’est tout aussi vrai avec un lièvre, un petit rouge ou encore un grand paysage enneigé. Et quand j’arrive à retranscrire cela dans une image …

Et puis, il y a cette envie de laisser une modeste trace, pour nous, notre famille, nos amis, et pourquoi pas d’autres qui reconnaîtraient notre travail.